Le petit Eldorado bourguignon

La vallée du Bout-du-Monde est magnifique à plus d’un titre et séduit depuis longtemps les gens de passage. Pour preuve, voyez ce qu’en disaient deux auteurs du 19ème siècle.

Dans son livre « Impressions de voyages » paru en 1833, Alexandre DUMAS (père) parlait de notre belle vallée en ces termes :

« Lorsque nous redescendîmes au village [La Rochepot, où il avait visité les ruines du château], on nous demanda si nous avions vu le Vaux-Chignon ; nous répondîmes négativement, le nom même de cette curiosité nous étant inconnu. Comme il n’était encore qu’une heure de l’après-midi, nous ordonnâmes au postillon de nous y conduire.

Le postillon pris la grande route, comme s’il voulait nous ramener à Paris ; puis enfin, quittant le chemin, il se jeta dans les terres. Cinq minutes après, il tournait court devant une espèce précipice qui fit jeter de grands cris à nos dames : nous étions arrivés à la merveille.

En effet, c’est une chose bizarre : au milieu d’une de ces grandes plaines de Bourgogne, où nul accident de terrain n’empêche la vue de s’étendre, le sol se fend tout à coup sur une longueur d’une lieue et demie et sur une largeur de cinq cents pas, laissant apercevoir, à la profondeur de deux cents pieds à peu près, une vallée délicieuse, verte comme l’émeraude, et sillonnée par une petite rivière blanche et bruissante, qui s’harmonise admirablement avec elle comme grandeur et comme contour. Nous descendîmes une rampe assez douce, et au bout de dix minutes à peu près nous nous trouvâmes au milieu de ce petit Eldorado bourguignon, que les roches qui l’entourent, coupées à pic et surplombant sur lui, isolent du reste du monde. Là, en remontant le cours de la petite rivière dont nous ne sûmes pas le nom, et qui probablement n’en a point encore, sans apercevoir ni un homme ni une maison, nous vîmes des moissons qui semblaient pousser pour les oiseaux du ciel, des raisins que rien de défendait contre la soif des curieux, des arbres fruitiers pliant sous leur propres poids : au milieu de tant de solitude, de silence et de richesse, on serait vraiment tenté de croire que ce petit coin de terre est resté inconnu aux hommes.

Nous continuâmes de remonter les rives de ce petit ruisseau : à cent pas de l’extrémité du vallon, il se bifurque comme un Y, car il y a deux sources ; l’une d’elle sort d’une roche vive par une ouverture assez large pour qu’on la poursuive dans ce corridor sombre l’espace de cent toises environ, au bout desquelles on la surprend jaillissant de terre : l’autre, qui descend d’une fontaine supérieure, tombe d’une hauteur de cent pieds, transparente comme une écharpe de gaze, et glissant sur la mousse verte dont sa fraicheur à tapissé le rocher.

J’ai visité depuis les belles vallées de la Suisse et les somptueuses plaines de l’Italie ; j’ai descendu le cours du Rhin et remonté celui du Rhône ; je me suis assis au bord du Pô, entre Turin et Saperga, ayant devant moi les Alpes et derrière le Apennins : eh bien ! Aucune vue, aucun site, si varié, si pittoresque, si grandiose qu’il fût, n’a pu me faire oublier mon petit vallon de Bourgogne, si tranquille, si solitaire, si inconnu, avec son petit ruisseau si frêle, qu’on a oublié de lui donner un nom, et sa  cascade si légère, que le moindre coup de vent la soulève, et va l’éparpiller au loin comme de la rosée. »

Plus tard, en 1845, Georges-Bernard DEPPING écrira dans « Merveilles et beautés de la nature en France » :

« Lorsque, sur la route de Paris à Dijon, on a passé Chanceaux auprès de la source de la Seine, on entre dans le Val de Suzon, qu’arrose la rivière de ce nom, et où l’on retrouve en petit ce mélange de roches, de vallées, de bois et d’eau qu’on a vu grand dans le Jura. Il n’y manque même pas des grottes ornées de stalactites pour en augmenter la ressemblance. Désire-t-on voir un vallon, également remarquable par ses sites ainsi que par ses pétrifications, il faut se rendre auprès de la ville de Nolay,  à l’extrémité méridionale du département. Là, on est surpris de voir dans le sol une sorte de fente présentant, comme dit M Alexandre Dumas, à la profondeur de 66 mètres à peu près, « une vallée délicieuse, verte comme l’émeraude,  et sillonnée par une petite rivière blanche et bruissante, qui s’harmonise admirablement avec elle comme grandeur et comme contour. »

C’est le Vaux-Chignon ou Vaux-Saint-Jean, pays très-peuplé, bien cultivé, et bordé à droite et à gauche de rocs nus, coupés perpendiculairement, qui s’élèvent en certains endroits à une hauteur considérable. La Cusanne, qui traverse ce vallée d’un bout à l’autre, pour se rendre à Nolay, est formée par deux sources qui naissent au bout du vallon. L’une, appelée la Tournée, sort du roc vif par une fente assez large, dans laquelle on pénètre à environ 200 mètres. Il y a, dans le lit du ruisseau, un endroit où l’eau dépose beaucoup, et forme des incrustations qui ont peu de consistance ; ce qui fait présumer qu’il existe dans le même lieu une source d’eau calcaire. La seconde source, qui va se joindre à la première, sort à gros bouillon, mais par intervalles, d’un enfoncement qu’on appelle le Bout-du-Monde ou le Cul-de-Sac de Ménevault, et qui est formé par le resserrement de rochers à pic, dont le bancs ou lits, inclinés en sens contraire, semblent s’être rapprochés par un bouleversement que cette contrée doit avoir éprouvé.

Les deux sources débordent quelquefois ; elles inondèrent Nolay en 1757. Tout au fond du vallon, et dans le lieu le plus reculé, il tombe perpendiculairement, de 26 mètres de haut, une nappe d’eau formé par une fontaine supérieure qui ne fournit pas toujours. Quand les eaux sont abondantes, la nappe peut avoir deux mètres de large. La chute de l’eau a creusé un bassin rond de quatre à cinq mètres de diamètre. En hiver, on va voir par curiosité les congélations singulières qui se forme dans cette cascade. A la source de la Cusanne, comme ne plusieurs endroits de la Bourgogne, on trouve de belles tufières. »


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